Si on dit “jeu vidéo indépendant”, Celeste va probablement se trouver parmi les premiers titres à vous sauter à l’esprit. Retour d’expérience sur cette petite pépite encensée par la critique et couronnée meilleur jeu indé aux Game Awards 2018.
Avant-propos : ceci est une redite légèrement étoffée d’un de mes premiers posts sur Facebook, j’ai choisi de commencer par celui-là un peu pour respecter l’ordre chronologique, mais surtout parce que c’est l’un de ceux que j’ai le plus envie de vous faire découvrir !
It’s-a-me ! Madeline !
Une fois n’est pas coutume, commençons par le gameplay. Celeste est un jeu de plate-forme délicieusement rétro : dans un style pixel art 2D, on parcours les multiples tableaux qui composent chaque chapitre en se frayant un chemin parmi les obstacles. En plus du sacro-saint saut, le jeu nous apprend rapidement ses mécaniques : un dash que l’on peut déclencher en plein vol, mais qu’il faudra recharger soit en remettant les pieds au sol, soit grâce à des power-ups, et la possibilité d’escalader les parois verticales pendant quelques secondes. Chaque chapitre a également droit à son petit élément de gameplay spécifique ajoutant de la variété à l’expérience.
Grille de lecture : Madeline vient de dash, ses cheveux ont viré au bleu pour indiquer qu’il n’est plus utilisable. Le losange vert permet de recharger le dash, grâce à quoi elle pourra atteindre la plate-forme en bas à droite !
De prime abord, le jeu est plutôt exigeant ! La mécanique de dash rechargeable apporte une dimension puzzle à chaque tableau : il faudra planifier son parcours en fonction des plate-formes et power-ups atteignables. Mais une fois le chemin visualisé, un timing précis sera de rigueur pour l’emprunter ! Heureusement, pas de vies limitées ou de game over en vue. En cas d’échec, on réapparaît au début du tableau et on recommence. Cela dit, la difficulté et la persévérance requise pour avancer font partie intégrante du propos du jeu. Mais pas de panique : si vous voulez profiter de ce que Celeste raconte sans prise de tête, un mode Assist est disponible avec de nombreuses options d’accessibilité facilitant le jeu.
At the Mountain of Maddie
Car pour un jeu de plate-forme, Celeste a BEAUCOUP de choses à nous dire ! Madeline a décidé de se lancer dans l’ascension du mont Celeste, malgré les avertissements d’une étrange vieille dame. Alors qu’elle se repose près d’un feu de camp, elle fait un rêve étrange où elle libère d’un miroir brisé son double maléfique (rebaptisé à posteriori Badeline). Après que le rêve se soit transformé en cauchemar où Badeline la poursuit à travers une ville fantôme, Madeline se réveille. Mais au fil de son ascension, elle va faire plusieurs autres expériences irréelles, et recroiser la route de Badeline, qui n’était peut être pas qu’un rêve…
Pour du texte doublé de bruitages de voix low-fi, les dialogues n’en sont pas moins intenses !
Dès les premiers chapitres du jeu, le jeu dévoile ses intentions narratives au fil des dialogues : Madeline souffre de dépression et d’anxiété, et s’est lancé un défi pour surmonter sa peur de l’échec. L’ascension du mont Celeste est une expérience symbolique de dépassement de soi, à la fois physiquement (et c’est là que la difficulté du gameplay prend tout son sens narratif), et mentalement, puisque la montagne semble rayonner d’une énergie mystique capable de matérialiser l’état mental de ceux qui entreprennent l’ascension. Madeline croisera au cours de son périple plusieurs situations semblant s’adresser directement à certaines facettes de sa personnalité, comme la rencontre avec M. Oshiro qui mettra la sympathie et la patience de Madeline à rude épreuve… Mais surtout au travers du personnage de Badeline, personnification des peurs de Madeline.
Ain’t no Mountain high enough
Si le sujet peut paraître un peu pesant, Celeste est avant tout une experience extrêmement bienveillante. Tout est fait pour que le joueur passe un bon moment et ait lui aussi la sensation à la fin de chaque chapitre d’avoir surmonté une difficulté. Dans cette optique, le gameplay, basé sur une succession rapide de tentatives pour finalement atteindre son objectif, s’inscrit parfaitement dans cette démarche. La direction artistique, hommage aux jeux rétro sublimé par des techniques modernes et des animations de toute beauté, sert à la fois la lisibilité du gameplay et le côté mignon feel-good du jeu. L’incroyable bande originale composée par Lena Raine superpose brillamment des thèmes accrocheurs avec des ambiances parfaitement calées à la narration (Reach for the Summit :heart:).
L’écran de fin nous rappelle quand même le nombre de “morts” qu’il aura fallu pour atteindre le sommet… Et croyez moi, il y aura 4 chiffres !
L’écriture nous présente des personnages imparfaits qui apprennent à vivre avec leurs défauts et à s’accepter, à la fois au travers des dialogues, mais aussi directement au travers du gameplay lors des rencontres avec Badeline que l’on va tour à tour fuir, combattre ou aider. D’ailleurs, le personnage en lui même bénéficie d’une écriture soignée, la présentant non pas comme une simple antagoniste mais comme un mécanisme de défense, cherchant à décourager Madeline pour la protéger d’un éventuel échec.
La créatrice du jeu, Maddy Thorson, a d’ailleurs expliqué comment le développement de Celeste et l’écriture du personnage de Madeline ont fait écho à ses propres difficultés et ont accompagné sa transition. Avec un résultat est extrêmement efficace ! On contemple l’écran de fin, lui aussi plein de mignonitude et de bienveillance, avec le sentiment d’avoir surmonté un défi et d’avoir reçu un message positif.
En résumé
Pour le joueur : une perle
Véritable cri d’amour au genre du platformer 2D, Celeste saura vous embarquer dans son univers à travers ses tableaux très bien construits, ses décors enchanteurs, ses personnages attendrissants et sa musique sublime. Son gameplay précis et soigné et sa narration touchante en font un jeu qu’on prend plaisir à explorer et à terminer. Celeste mérite amplement sa place au panthéon des pépites du jeu indé. Un jeu que je recommande à tout le monde sans hésiter !
Pour le daron : un câlin
Jeu feel-good s’il en est, et malgré le challenge, jouer à Celeste est un vrai moment de détente. Une pause bienvenue qui peut ne prendre que quelques minutes, le temps d’un ou deux tableaux, vu que la progression est sauvegardée à chaque transition. La DA mignonne en fait un jeu safe pour de jeunes yeux, et son écriture bienveillante peut même en faire l’occasion d’aborder certains sujets avec douceur. Le tout se termine en 5 ou 6 heures au total, donc on peut facilement trouver le temps d’en voir le bout !
Le mot de la fin
Que dire sinon un immense merci à Maddy Thorson, Lena Raine et toute l’équipe de Extremely OK Games pour ce moment délicieux passé avec votre création !