Road 96

Aujourd’hui, échauffez-vous les ischio-jambiers car on va faire un grand écart géographique digne de JCVD ! Un pied en France chez DigixArt, un studio basé à Montpellier et fondé par Yoan Fanise, ancien d’Ubisoft ayant notamment réalisé le très bon Soldats inconnus : Mémoires de la Grande Guerre. Un pied sur une Interstate américaine dans un décor de road movie des années 90 qui sert de principale référence visuelle pour le pays fictif que nous allons traverser. Bienvenue à Petria, bienvenue sur la Route 96.

Dad, I’m leaving…

Derrière ses paysages de carte postale, Petria est une nation profondément meurtrie. En 1986, le président Tyrak a été visé par un attentat ayant provoqué l’effondrement du pic situé à la frontière nord du pays et tué de nombreux innocents sans atteindre son objectif principal. Depuis, la politique de Tyrak a pris un virage autoritaire centré sur la traque des Brigades Noires, auteurs présumés de l’attaque. Les adolescents, qui risquent d’être envoyés en camp de rééducation au moindre signe de rebellion, fuguent en masse pour tenter de franchir la frontière Nord au bout de la fameuse Route 96 et quitter Petria pour de bon.

Le pic marque la frontière de Petria et l’objectif ultime du voyage

Road 96 nous propose donc d’incarner non pas un mais six ados en fuite au cours de six chapitres découpés en courtes scènes dans un lieu donné le long de la route. On y croisera à plusieurs reprises sept personnages récurrents que l’on apprendra à connaître, avant de choisir un moyen de transport pour reprendre la route. Avec toujours le même objectif en tête : trouver le moyen d’atteindre la frontière et de la franchir sans se faire arrêter.

Hi Leaving, I’m Dad!

Road 96 est un walking simulator, c’est-à-dire un jeu à la première personne centré sur l’exploration et les dialogues. La boucle de gameplay consiste à arriver dans un nouveau lieu, interagir avec les personnages présents pour tenter de comprendre ce qu’il s’y passe, fouiller les lieux pour y chercher des objets utiles, et se diriger vers la sortie pour choisir une route vers le prochain lieu. Les deux seules métriques à surveiller sont la fatigue, qui baisse à chaque changement de lieu selon le moyen de transport choisi, et se recharge en mangeant ou en dormant, et l’argent.

Le stop est un bon moyen d’avancer sans trop se fatiguer, avec de bonnes chances de tomber sur John, le routier

La plupart des interactions avec les personnages secondaires sont totalement optionnelles, mais fortement encouragées par la possibilité d’obtenir de l’aide ou de l’argent. Et surtout, l’interface du jeu indique clairement le pourcentage de progression dans la découverte de l’histoire des sept personnages récurrents, ainsi que la possibilité de débloquer des objet ou compétences spéciales bien utiles que chacun d’eux peut vous donner ou enseigner.

Plusieurs scènes proposent également des mini-jeux variés, allant de jouer (mal) du trombone à viser les pneus d’une voiture avec un pistolet à clous depuis la remorque d’un camion lancé à pleine vitesse. Si plusieurs d’entre eux sont difficilement adaptés à la manette (en particulier le clone de Trombone Champ !), ils permettent toutefois d’introduire une fraîcheur bienvenue dans le gameplay. Et de façon générale, le jeu est facile à prendre en main et laisse au joueur l’espace mental nécessaire pour profiter pleinement du voyage.

Ah, c’qui compte c’est pas l’arrivée, c’est la Quête

Road 96 est avant tout un jeu narratif, et a beaucoup de chose à raconter ! A commencer par une question un peu trop d’actualité : que ferez-vous si votre pays sombre dans le totalitarisme ? Le jeu propose trois voies principales, clairement symbolisées par certains choix de dialogue : se révolter, voter ou partir. Mais derrière cette simplicité apparente (et nécessaire dans un jeu vidéo, il faut bien fixer un cadre !), se cache une écriture beaucoup plus nuancée portée par les sept personnages récurrents. On croisera notamment Fanny, policière tiraillée entre son métier et la recherche de son propre fils fugueur, ou encore Jarod, chauffeur de taxi assoiffé de vengeance depuis qu’il a perdu sa fille dans l’attentat de 86.

Même Sonya, insupportable au point que je redoutais les rencontres avec elle, cache une écriture plus complexe qu’il n’y parait…

Chaque rencontre avec un personnage vient apporter des éléments nouveaux à l’histoire, apportant un éclairage nouveau aux choix faits par le joueur. Le jeu reste d’ailleurs très ouvert dans ses possibilités, et on pourra aider, ignorer voire dénoncer certains personnages selon nos opinions personnelles, mais aussi nos besoins du moment ! En effet, le management des ressources devient crucial lors de l’arrivée à la frontière. Il y a plusieurs façons de passer, mais chacune demandera soit une compétence spécifique obtenue suite à une rencontre, soit suffisamment d’énergie pour emprunter une route dangereuse, soit suffisamment d’argent pour payer un passeur ou un pot-de-vin.

A ce stade, le jeu ne vous fera pas de cadeau, et une mauvaise décision aura vite fait de terminer le chapitre avec un ado capturé, voire décédé. Pas de game over cependant, après une courte cinématique, on commence un nouveau chapitre avec un nouvel ado. Le nombre de chapitres nécessaires pour terminer le jeu dépend de combien d’ados le joueur parvient à faire traverser. Alors, le jeu se termine sur une cinématique de fin parmi trois, correspondant aux trois voies principales et pouvant varier selon le sort des personnages rencontrés en chemin.

En résumé

Pour le joueur : dépaysant

Road 96, avec sa direction artistique soignée et ses décors de road movie américain, est clairement un jeu qui fait voyager. Le joueur est libre de choisir sa route, introduisant de l’aléatoire dans l’enchaînement des scènes et l’ordre dans lequel on découvre l’histoire. Les personnages sont attachants et on termine souvent une rencontre avec l’impatience de la prochaine, pour continuer à en apprendre plus. La narration porte des thèmes forts et met le joueur devant des choix moraux pas toujours évidents. L’ensemble fait mouche et constitue une magnifique expérience, que je ne peux que recommander !

Pour le daron : relaxant

Road 96, comme beaucoup de walking sim, est un excellent jeu pour se détendre ! La prise en main est simple, le rythme est globalement posé (avec certaines scènes d’action bien rythmées cela dit !), on se laisse porter par l’histoire comme on le ferait avec un bon livre. Les scènes sont relativement courtes (une dizaine de minutes), avec une sauvegarde entre chaque (impossible pendant malheureusement), et l’ensemble ne vous prendra pas plus de quelques heures.

Le mot de la fin