Ça a commencé quand mon père m’a offert la boite découverte de Advanced Dungeons & Dragons. Un peu de lecture, une session avec les copains du collège. Et puis, quand la 3ème édition est sortie, les livres de règles ne quittaient plus ma table de chevet. Je devais devenir meilleur, je devais tout connaître sur le bout des doigts. Les sessions devenaient de plus en plus fréquentes, se prolongeaient de plus en plus tard dans la nuit. Et puis il y a eu les jeux vidéo, que ça soit dans le même univers (Neverwinter Nights) ou un autre (Arcanum).
La drogue d’introduction…
Puis il y a eu l’âge adulte, puis la parentalité. Moins de temps, beaucoup plus de difficultés à réunir plus de 4 personnes le même jour. Bien sur, il y a toujours un petit one-shot de temps en temps, mais le rythme s’est bien calmé, et le nombre d’heures englouties à lire tout ce qu’il y a à savoir sur le monde de Faerun s’est bien réduit. Et puis il y a eu Baldur’s Gate III…
Bonjour, moi c’est Benoît. Je suis un ancien accro, j’étais clean depuis 15 ans. Et puis j’ai trouvé l’équivalent d’un sac de 10kg de cocaïne pour 70€. Aidez-moi !
Eye of the poulpe
L’aventure commence alors que votre personnage (ci-après désigné “PJ” pour personnage-joueur), prisonnier sur un vaisseau de flagelleur mental, se fait inoculer une larve dans le cerveau. Surgit alors un groupe de guerriers githyankis chevauchant des dragons, qui prend le vaisseau en chasse. Celui-ci tente de s’enfuir en se téléportant dans les Enfers, attirant ainsi une horde de diablotins qui se joignent à la bataille. Le chaos qui en résulte permet au PJ et à d’autres prisonniers de s’évader, la fuite servant de tutoriel présentant les deux mécaniques principales du jeu : combattre et faire des choix. Le PJ parvient à ramener le vaisseau en perdition dans le Plan Matériel, puis est éjecté par une explosion juste avant le crash. Alors qu’il tombe vers une mort certaine, une mystérieuse magie amortit sa chute.
Les flagelleurs mentaux auraient plus vite fait de se tatouer “je suis le méchant” sur le front. Sauf que…
Le PJ et d’autres survivants s’unissent pour trouver une solution à leur problème commun : la larve dans leur tête menace de les transformer en flagelleur mental sous quelques jours. Chacun a son idée de la marche à suivre, et il vous appartiendra de choisir quelle piste explorer en premier. Mais rapidement, deux autres mystères vont s’ajouter à la liste de vos soucis. Premièrement, vous allez croiser de nombreux autres infectés, qui semblent tous vouer un culte à une nouvelle divinité appelé l’Absolue, alors que vous et vos alliez restez insensible à ses charmes. Deuxièmement, votre larve n’a pas l’air de vouloir vous transformer au bout de plusieurs jours, et peut même vous conférer des pouvoirs mentaux…
La règle des 6 secondes
Baldur’s Gate III est un CRPG, pour Computer Role Playing Game, souvent utiliser pour désigner les RPG de style occidental par opposition au JRPG japonais. Un genre qui a connu son apogée fin 90 / début 2000 (avec entre autres Neverwinter Nights, Icewind Dale, et bien sur Baldur’s Gate II), mais que Larian Studios a continué de faire vivre avec l’excellente saga des Divinity. Des jeux qui leur ont d’ailleurs permis de faire leurs preuves et d’obtenir les droits pour développer Baldur’s Gate III en reprenant fidèlement le système de Donjons & Dragons 5E.
L’interface est dense, et les quelques premiers combats ne seront pas de trop pour s’y retrouver
On contrôle un groupe de personnages vus du dessus, que l’on peut librement grouper ou envoyer chacun de son côté. Chaque personnage est hautement personnalisable afin de constituer une équipe capable de faire face à toutes les situations. On préférera par exemple laisser le personnage avec une compétence de Persuasion élevée s’occuper des dialogues, pendant que le roublard se chargera de détecter les pièges et crocheter les portes.
En bonne adaptation du matériau d’origine, Baldur’s Gate III propose des combats tactiques au tour par tour (un choix osé alors que beaucoup de CRPG modernes lorgnent plutôt vers le temps réel). Une bonne partie du gameplay consistera à trouver la meilleure stratégie pour faire face à des hordes d’adversaires dans des combats pas toujours évidents en difficulté standard. Il deviendra vite essentiel de bien connaître les forces et faiblesses de votre équipe, ainsi que d’apprendre à utiliser l’environnement à votre avantage. Si la complexité peut faire peur, étant donné le nombre d’actions possibles et qui ne cessera d’augmenter à mesure que vos personnages montent de niveau, la satisfaction de voir un plan malin récompensé est bien présente.
Un loyal bon et un chaotique neutre entrent dans une taverne…
L’autre force de Baldur’s Gate III est sa narration. Les compagnons rencontrés en cours de route ont tous une personnalité forte, emmenée par un cast de doublage exceptionnel, et une histoire riche qui donne envie de la découvrir. Le tout savamment entremêlé avec la trame principale. L’histoire accompagne les personnages le long de l’indispensable montée en puissance qui fait le sel du jeu de rôle, les faisant passer de victimes cherchant un remède à héros de la lutte contre le Mal. Sans oublier bien sûr la pelletée de quêtes annexes souvent très bien écrites qui permettront de récupérer quelques trésors et points d’expérience. L’ensemble donne au joueur une immense liberté de choix des moyens pour arriver à la fin.
L’identité et les compétences de votre personnage influent aussi sur les dialogues
C’est d’ailleurs dans les choix proposés que l’écriture brille. Si on se retrouve parfois face à une dualité de type aide ton prochain ou égorge-le et fais lui les poches, de nombreux embranchements demanderont de choisir la moins pire des options dans une situation désespérée. Ou encore mieux : de choisir auquel de vos compagnons faire confiance. Il nous revient alors de choisir lequel nous semble le plus justifié dans sa quête personnelle, lequel nous inspire plus de sympathie, ou encore avec lequel on ne veut pas risquer de compromettre une romance naissante. Ce qui nous ramène au talent des acteurs, qui parviennent à souligner par leur jeu la tension dramatique ou émotionnelle des choix auxquels le joueur est confronté, créant ainsi de nombreux moments marquants.
En résumé
Pour le joueur : copieux !
Baldur’s Gate III fait partie de ces jeux dans lesquels il est possible de se perdre pendant des centaines d’heures sans jamais s’ennuyer. Le gameplay est si riche qu’il est encore possible de découvrir des astuces et des combos à votre deuxième ou troisième partie. Il suffit de regarder quelques vidéos Youtube de joueurs assidus pour se rendre compte qu’ils ne jouent plus au même jeu que nous. Pour autant, le jeu propose un mode équilibré réussi et un mode narratif pour permettre aux joueurs moins investis de venir à bout de l’histoire en ne maîtrisant que les quelques mécaniques les plus utilisées par ses personnages favoris.
La seule envie de perfectionner ses tactiques de combat pourrait suffire à vouloir relancer une partie et essayer une nouvelle classe de personnage. Mais si ce n’est pas le cas, la narration s’en chargera. Car il est quasiment impossible de terminer les histoires de tous les compagnons en une fois, surtout que nombre d’entre elles ont des embranchements mutuellement exclusifs. Et comme on a droit à une scène retrouvailles après le boss final qui permet de faire le point sur ce que vont devenir tous nos compagnons, on est fortement incité à se poser la question : “Et si j’avais joué différemment ?”…
Pour le daron : captivant
On pourrait penser à première vue qu’un jeu d’une telle densité est difficilement compatible avec une vie de daron. Pourtant, Baldur’s Gate III sait se montrer juste avec les joueurs occasionnels, et trouve toujours de quoi récompenser une session courte. Que ça soit terminer une petite quête annexe ou simplement faire le point sur votre équipement et vos compétences, on peut très bien lancer le jeu pour quelques dizaines de minutes et l’éteindre avec la satisfaction d’avoir fait quelque chose d’utile.
De plus, les modes de difficulté facile et standard permettent des sauvegardes manuelles fréquentes dont l’historique est conservé. Pratique pour tester les conséquences d’un choix et revenir en arrière, voire pour sauvegarder en plein combat si le devoir parental vous appelle, et choisir plus tard entre continuer ou revenir à un point plus ancien si c’était mal engagé.
Enfin, c’est un jeu très conjoint-compatible ! D’abord parce qu’il est jouable en coop locale, chose assez rare pour être soulignée. Mais aussi parce que la qualité des dialogues en fait un jeu très agréable à suivre en spectateur actif, pouvant donner son avis sur un choix de dialogue où une stratégie de combat à adopter.
Le mot de la fin
They tried to make me go to rehab, but I said, “No, no, no” !
Quand on vous dit qu’il y a une grande liberté de choix ! (l’ours est consentant, rassurez-vous)