J’ai toujours eu un faible pour les univers connectés et riches, la faute à une adolescence bercée par Final Fantasy et Metal Gear. Et j’avais bien apprécié la narration très méta du premier Alan Wake. J’avais déjà entendu des bons échos de Control, mais quand on m’a parlé de “Remedy Connected Universe”, c’est devenu une évidence : il fallait que je teste !
Mettez vos plus beaux costards noirs avec lunettes noires d’agent secret gouvernemental, et bienvenue au Bureau Fédéral du Contrôle (sic) !
Assoyez-vous Faden (et faites pas craquer vos doigts comme ça, ça m’énerve !)
Jesse Faden a enfin trouvé l’Ancienne Maison, siège du Bureau Fédéral du Contrôle (FBC en anglais et en bref), l’agence gouvernementale qui a emmené son petit frère Dylan suite à un évènement paranormal survenu 17 ans plus tôt. Elle parcourt le bâtiment désert jusqu’au bureau du Directeur Zachariah Trench, qui vient apparemment de se tirer une balle dans la tête. Jesse ramasse l’arme et est immédiatement transportée dans le Plan Astral, où une entité appelée le Comité la désigne comme nouvelle Directrice.
De retour dans le bureau de Trench, Jesse réalise que l’Ancienne Maison a été envahie par une force appelée le Hiss. Équipée de son Arme de Service et de divers pouvoirs psychiques, la nouvelle Directrice va devoir combattre le Hiss et sauver les membres survivants du FBC afin de pouvoir leur soutirer des informations sur son frère disparu…
Clairement, vos nouveaux collègues ne vont pas bien…
Bring an office chair to a gunfight
Control fait partie de la grande famille des jeux d’action-aventure, c’est-à-dire qui alterne entre des phases d’exploration/puzzle/recherche et de combat.
Les phases d’exploration empruntent beaucoup au genre Metroidvania : l’Ancienne Maison est découpée en secteurs initialement fermés, disposés autour d’un hub central, et que l’on va pouvoir ouvrir progressivement. Passé la scène d’introduction et la nomination de Jesse au poste de directrice, la première mission consiste à sécuriser le secteur exécutif. Après quoi la boucle principale consiste à discuter avec Emily Pope dans le secteur exécutif, recevoir une mission qui nous envoie dans un nouveau secteur, et revenir après l’avoir accomplie.
Pour les combats, Control est un jeu de tir à la 3ème personne utilisant plusieurs leviers pour créer des situations variées.
D’abord, l’Arme de Service récupérée dans le bureau de Trench est un Objet de Pouvoir pouvant prendre différentes formes, qui en pratique vont correspondre à la variété classique d’armes qu’on peut retrouver dans les jeux du genre : pistolet, mitrailleuse, fusil à pompe et sniper.
Ensuite, Jesse va développer au cours de l’aventure tout un panel de pouvoirs psychiques : télékinésie, bouclier, vol… Autant de capacités qui permettront d’amener un peu de diversité dans les combats.
Enfin, comme tout jeu AAA qui se respecte, Control intègre une progression type RPG au travers d’améliorations pour les armes et d’un arbre de talents.
La capacité à envoyer valser tout le mobilier de bureau que vous trouverez transforme les combats en un joyeux bazar très satisfaisant !
C’est sur ce dernier point que ça coince pour moi… Certes, le jeu parvient à proposer des des situations de combat assez variées et plaisantes poussant le joueur à expérimenter avec les différentes armes et pouvoir. Mais une fois l’ensemble débloqué, la courbe de difficulté va se réduire à une simple augmentation des stats des ennemis, que l’on va devoir rattraper à coups d’améliorations et de points de talents. Ce qui va nécessiter soit de s’intéresser aux quêtes secondaires pour récupérer des bonus, soit d’accepter des combats pas beaucoup plus difficiles mais plus laborieux tant on aura l’impression de tirer dans sacs à PV…
C’est fin(nois), ça se mange sans faim
L’esthétique de Control est fortement orientée par le fait que l’Ancienne Maison est la principale unité de lieu. On passera donc le plus clair de notre temps dans un immeuble de bureau moderne, inspiré de l’architecture brutaliste. Avec toutefois des effets stylés lorsqu’un espace est corrompu par le Hiss : des pans cubiques de béton sortent de nulle part pour donner un aspect chaotique (et encore plus brutaliste) au décor, et se remettent en place lorsque la corruption est vaincue. Les deux autres lieu que l’on visitera occasionnellement sont le Plan Astral, entièrement constitué de blocs cubiques rappelant l’influence du Hiss dans le monde réel, et le Oceanview Motel, petite parenthèse ensoleillée entre deux pièces froides de l’Ancienne Maison.
Vous avez dit “brutaliste” ?
L’univers du jeu s’inspire fortement de la Fondation SCP, un site d’écriture collaborative sur le thème d’une agence gouvernementale secrète chargée de cacher l’existence de phénomènes paranormaux. Cette thématique est omniprésente dans Control, et de nombreuses missions consistent à utiliser les pouvoirs de Jesse pour apaiser des Objets de Pouvoir devenus sources de phénomènes incontrôlables. Ne cherchez pas de grandes explications sur les phénomènes en questions, volontairement étranges et mystérieux. Par exemple, une scène assez mémorable met en scène un frigo qu’il ne faut surtout jamais quitter du regard, sinon… Outre les missions, l’Ancienne Maison regorge de rapports d’incidents à collectionner, et dont la lecture aide à s’imprégner de l’ambiance en rappelant que les agents du FBC sont juste des humains faisant de leur mieux pour comprendre et contenir des phénomènes incompréhensibles.
Control bénéficie d’une finition soignée, avec un univers riche et une direction artistique marquée (même si la direction artistique en question est “béton gris”), portés par des graphismes de qualité. Mention spéciale aussi pour le personnage de Ahti, le vieux concierge finnois, qui rajoute une touche d’un folklore méconnu.
En résumé
Pour le joueur : satisfaisant
Soyons réalistes : Control est un bon jeu. Le gameplay action-aventure-TPS est bien exécuté, la power fantasy fonctionne (surtout grâce aux pouvoir de télékinésie, les armes étant un peu plus génériques). La finition est propre et le vernis graphique de qualité. L’histoire laisse une part de mystère suffisante pour être accrocheuse. Le jeu n’a rien de révolutionnaire, mais rien de rédhibitoire non plus, et si le Remedy Connected Universe vous attire (ou juste l’idée d’éliminer un groupe de soldats en leur envoyant un distributeur de canettes à la tronche), Control sera sans aucun doute une bonne expérience de jeu.
Pour le daron : un de plus
Permettez-moi une analogie culinaire : pour moi les jeux AAA sont des pizzas. On ne peut pas se tromper avec une pizza. On peut mettre ce qu’on veut dessus selon nos envies du moment, ça sera toujours bon et réconfortant. Mais personnellement, si les occasions d’aller au restau se font rares, je n’irai pas à la pizzeria.
Certes, Control est un bon jeu, et j’ai apprécié son univers. Mais j’en ressors avec la sensation d’avoir passé trop de temps à tirer et pas assez à m’imprégner du lore. Et vu le ratio entre la longueur de certains combats et celle de mes sessions de jeu, j’en ai passé quelques unes avec la frustration d’avoir très peu avancé dans l’histoire.
Le mot de la fin
Je réitère quand même : je trouve que Control est un bon jeu. Simplement pas un jeu pour moi.