La scène du jeu vidéo indépendant est peuplé de création dont l’idée de départ est de rendre hommage à un jeu ou un style généralement rétro, mais avec une proposition originale. Dans le cas d’Undertale : le RPG et la possibilité de terminer le jeu sans tuer personne. Une proposition suffisamment intrigante pour permettre à son créateur Toby Fox de lever plus de 50 000$ sur Kickstarter, soit 10 fois l’objectif fixé.
Undertale s’est rapidement imposé comme un incontournable de la scène indé, dépassant le cadre vidéoludique pour devenir une référence omniprésente sur le net, ne serait-ce que pour les innombrables vidéos de reprises de son incroyable bande originale. Alors avec 10 ans de retard sur le train de la hype, et alors que sortent les derniers chapitre de son spin-off Deltarune, voyons voir de quoi il en retourne.
Of Monsters and Men
Il y a bien longtemps, les humains et les monstres vivaient en harmonie. Mais un jour, une guerre éclata et les monstres, vaincus, furent bannis dans les profondeurs de l’Outremonde, sous le mont Ebott, et enfermés par une barrière magique.

On incarne un enfant qui fait une chute lors d’une promenade sur le mont, et tombe dans l’Outremonde. D’abord attaqué par une fleur du nom de Flowey, on est sauvé et recueilli par Toriel, une figure maternelle qui nous enseigne les bases de ce monde nouveau. Mais il apparaît bien vite que Toriel a l’intention de nous adopter et de nous garder avec elle pour toujours…
Il faudra donc la convaincre de nous laisser partir, puis traverser l’Outremonde pour atteindre la sortie, et trouver un moyen de traverser la barrière magique, gardée par le roi Asgore Dreemur…
Là-haut, sous la montagne
Undertale est un RPG 2D délicieusement rétro dans son design et ses interfaces. Il reprend la grammaire du genre : une caméra du dessus mais des personnages de profil, de l’exploration, des dialogues textuels et du combat au tour par tour. Avec toutefois un twist venu de la passion de Toby Fox pour les shoot’em up : le tour de l’adversaire se transforme en mini-jeu de bullet hell. On dirige alors le coeur représentant notre personnage à l’aide des flèches directionnelles et on essaie d’éviter les attaques. Et chaque combat de boss vient rajouter des mécaniques additionnelles, rendant les derniers combats assez éprouvants !
Si les attaques des monstres aléatoires sont généralement faciles à éviter, certains boss mettront vos réflexes à l’épreuve !
Mais surtout, conformément à la proposition du jeu, l’interface de combat propose, entre les classique boutons “Attaquer” et “Objet”, une option “Action” proposant plusieurs interactions non-violentes qui changent selon l’adversaire. Trouver la bonne séquence de ces interactions (ou dans le cas des boss, survivre à suffisamment de tours), permettra de débloquer l’option “Épargner”, mettant fin au combat.
Undertale est un jeu à fins multiples, qu’il faudra découvrir en finissant le jeu une première fois (ou en regardant sur le Wiki…). La séquence de fin à toutefois la gentillesse de nous donner des indices sur ce qu’on a raté pour débloquer la “vraie” fin, aussi appelée “True Pacifist”, et qui demandera comme son nom l’indique de ne tuer personne mais aussi de compléter certaines quêtes secondaires. Inversement, il y a également une route “Genocide” consistant à tuer chaque ennemi et boss rencontré…
Méta-ton
Outre l’originalité de son système de combat qui rend chaque adversaire unique et chaque combat dynamique, Undertale se démarque avant tout par son écriture et sa musique. Toby Fox est un brillant compositeur remarqué pour ses mélodies redoutablement efficaces et mémorables, au point d’avoir travaillé avec le studio Game Freak sur les deux derniers Pokemon, rien que ça ! La bande originale de Undertale met son talent à l’honneur, avec plusieurs thèmes fort très identifiables réarrangés selon les situations et les ambiances. Si le morceau “Megalovania” est sans conteste le plus connu, “Death by Glamour” et “Asgore” (surtout la mise en scène qui l’accompagne), n’ont rien à lui envier ! Les sonorités mélangent des synthés rappelant l’époque 16-bits avec des instruments reconnaissables, mais toujours avec un côté lo-fi qui colle parfaitement à la direction artistique. Le sound design n’est pas en reste, en particulier les bruitages qui accompagnent l’apparition des dialogues, uniques pour chaque personnage et qui leur confèrent une identité propre.
Petit tacle sur un autre cliché des RPG : presque tous les marchands refuseront de racheter vos objets en trop !
Le scénario reprend des tropes connus du genre RPG : le jeune héros muet dont l’objectif de départ est simple (trouver la sortie et rentrer chez soi) mais qui va se retrouver dans une situation bien plus complexe dont le sort du monde dépend. Cependant, la possibilité d’épargner ou non les adversaires permet de jouer tout un spectre de possibilités à partir de cette situation, du pur égoïsme de la route “Genocide” au pur altruisme du “True Pacifist”. Les différents boss rencontrés au cours du jeu sont autant de personnages hauts en couleurs, tous avec un arc narratif assez développé qui donne envie de le découvrir, et souvent suffisamment attendrissant pour donner envie de choisir la solution pacifique. Les dialogues oscillent brillamment entre l’humour absurde et l’émotion sincère. Mais même les monstres aléatoires, via l’enchaînement d’actions à trouver pour mettre fin au combat, ont une “personnalité” reconnaissable.
En bref
Pour le joueur : une pépite
J’ai déjà qualifié d’autres jeux de “pépites”, et je dirai la même chose de Undertale pour les mêmes raisons : un jeu qui a su se démarquer par une proposition unique. Toby Fox tord les codes du RPG pour proposer une aventure riche en rebondissements et en émotions, dans un jeu agréable à jouer et dont certains passages représentent un vrai challenge ! Le tout sublimé par une bande originale incroyable.
Pour le daron : une belle histoire
Undertale parvient a condenser beaucoup de narration dans un jeu assez court (en tout cas si vous ne faites qu’une partie ou deux…). En dehors des combats de boss, le jeu ne présente aucune difficulté et ne demande pas beaucoup d’effort pour dérouler son histoire et sa galerie de personnages si attendrissant. Le système de sauvegarde est celui d’un RPG rétro, à base de points de sauvegarde manuelle disséminés dans le monde, mais suffisamment rapprochés pour pouvoir jouer des sessions courtes. Et le jeu est suffisamment dense pour que même une session d’une dizaine de minute donne la sensation d’avancer.
Le mot de la fin
Quoi de mieux pour finir cet article que le thème de conclusion, qui reprend la plupart des motifs mélodiques des différents personnages (et sans la vidéo pour ne pas spoil) !